LE CADRAN CANONIAL DE L'EGLISE DE SAINT-GAULTIER

En regardant la façade sud de l'église de Saint-Gaultier, sur le quatrième contrefort, on aperçoit gravée dans la pierre une forme rappelant celle d'une coquille Saint-Jacques ou celle d'un cadran solaire. Saint-Gaultier n'est pas sur la route de Saint-Jacques de Compostelle et l’'idée de cadran solaire est séduisante mais la régularité des secteurs nous amène à rejeter cette seconde hypothèse. Quelques recherches complémentaires permettent de découvrir que des demi-disques semblables existent sur des édifices religieux en France et qu'il s’agit de l'ancêtre du cadran solaire, le cadran canonial. Le cadran canonial, conçu au IIIème siècle avant J-C pour mesurer le temps durant la journée, va voir son apogée entre les VIIIème et Xème siècles, après avoir été préconisé par Bède le Vénérable vers 700 pour indiquer chaque moment des offices religieux dans les monastères. Le mot "cadran" vient de "quadrant" qui désigne un support gradué, à l'origine carré. D'après le dictionnaire Littré, « canonial » signifie réglé par le "canon", mot qui prend le sens de règle, décret. L'expression "les canons de l'Eglise" désigne l'ensemble des lois ecclésiastiques concernant la foi ou la discipline religieuse. Littré ajoute : "Heures canoniales, les petites heures du bréviaire" suivi des noms des offices répertoriés ci-dessous.

Les prières dans la journée d'un moine.

Chaque religieux catholique est tenu à un certain nombre de prières dans sa journée. Le clergé séculier qui se consacre à transmettre la parole des écritures le fera par la lecture du bréviaire. Le clergé régulier qui se consacre à la prière le fera lors des différents offices de la journée. Le cadran canonial de l'église est orienté plein sud. C'est un demi-disque gradué de 12 secteurs réguliers. Ce nombre de secteurs peut être inférieur. Au centre du bord supérieur un style (une tige) était fixé perpendiculairement au mur et projetait son ombre sur le cadran lorsqu'il était éclairé par le soleil. Les heures observées sont appelées "heures inégales" leur durée variant au cours de l'année en fonction de celle du jour. Le seul moment juste et constant est celui de midi, à la verticale, pour l'office de la "sexte" sur le cadran ci-dessus. On retrouve des cadrans canoniaux sur des édifices religieux catholiques dans toute l’Europe. Ils n’ont aucune précision horaire vu que leur style est horizontal et perpendiculaire au support. La fin du XVIème siècle voit la prise de conscience de la rotation de la terre grâce aux travaux de Copernic puis à ceux de Galilée et de Kepler au XVIIème siècle. Le style des cadrans deviendra polaire, c'est-à dire parallèle à l’axe de rotation de la terre. Il fera alors avec le support vertical ou horizontal un angle variant avec la latitude du lieu; ce qui permettra aux cadrans solaires modernes d'indiquer les heures solaires réelles. Guy Deletang

La région de Saint-Gaultier (36)

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